Mardi 3 novembre 2009
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Je continue à partager avec mes lecteurs certains éléments de mon statut d'auteur – il me paraît d'utilité publique
de le faire car c'est rarement fait. Après les droits pour copie privée numérique (billet précédent), j'ai reçu dernièrement (mai
2009) un (modeste) chèque relatif au « droit de prêt en bibliothèque ». Comme le droit pour « copie privée numérique », ce droit est géré par la SOFIA –elle a même été créée en février
2000 pour gérer ces deux droits (historique). La rémunération pour droit de prêt est instituée par la loi du 18 juin 2003 en
application d'une directive européenne de 1992.
En 2009, étaient distribués les droits de 2006 (un ouvrage pour moi). La somme totale à distribuer est de 15
M€ pour cette année-là. Cette somme est composée pour environ 10M€ d'une somme versée par l'État, correspondant à un versement forfaitaire de 1,5€ par inscrit en bibliothèque publique et 1€
en bibliothèque universitaire. Le restant soit 5M€ provient d'un versement des libraires à ce fond, égal à 6% des ventes réalisées en bibliothèques.
Ce dernier abondement mérite qu'on s'y attarde : auparavant les libraires (qui, rappelons-le, bénéficient d'une
remise de 30 à 40% de l'éditeur) pouvaient faire un rabais important pour vendre aux bibliothèques publiques. La loi de 2003 a plafonné ce rabais à 15%, ce qui – si je raisonne bien – a deux
conséquences : les bibliothèques publiques paient depuis 2003 plus cher leurs livres + les libraires acceptent de verser cet écot de 6% puisqu'ils ont eu une reconstitution de marge (la TVA des
restaurateurs ?
). Sur le site du ministère, une autre manière
de présenter cela : c'est aussi l'État et les collectivités locales (ayant les bibliothèques dans leurs escarcelles) qui payent cette deuxième partie – puisque les bibliothèques paient plus cher
leurs ouvrages – les libraires en sont simplement collecteurs. L'image ci-dessous extraite du site du ministère le confirme :
Le fonds 2006 correspond à 6 millions d'ouvrages achetés par les bibliothèques (un rapide calcul montre que les 6%
des libraires correspondent à un chiffre d'affaires de 5/0,06 = 83 millions d'euros soit environ 14 euros par ouvrage). Le fonds total de 15M€ pour 6M de livres donne 2,5€ par ouvrage,
répartis entre l'auteur à 50% et l'éditeur à 50%. Je touche donc 1,25€ par ouvrage vendu en bibliothèque.
A signaler que ce « droit » d'auteur correspond aux ventes effectives de mon ouvrage, à la différence du « droit »
de copie privée numérique qui est calculé de manière forfaitaire (cf. billet précédent).
Par Alexandre Moatti
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Jeudi 29 octobre 2009
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Après avoir remarqué certains défauts de numérisation chez Google Books (billet précédent), je fais bonne mesure en remarquant qu'un an après le crash
d'ouverture de Europeana, le sytème informatique ne paraît toujours pas au point. Voici trois écrans d'erreur différents que j'ai captés aujourd'hui sur le site :
"Le nouveau système informatique d'Europeana est actuellement en phase de test. Le site est accessible à la
consultation. Toutefois, l'utilisation peut e pas être optimale durant cette période (par exemple le nombre d'utilisateurs restera limité en période de pointe)."
Ou : "Veuillez nous excuser pour cette interruption de service momentanée. SARA Consulting Network Services, hébergeur
d'Europeana, effectue la maintenance de son réseau de 18:00 à 21:00, heure normale d'Europe Centrale, le 11 septembre 2009" (la date est particulièrement mal choisie pour un crash
informatique qui semble permanent)
quand ce n'est pas carrément :
Par Alexandre Moatti
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Mardi 8 septembre 2009
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23:14
Je n'approuve pas ceux qui critiquent Google Books par principe, j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ce blog
et dans divers articles. Les récents psychodrames BnF/Google sont d'un intérêt limité, et il y aurait beaucoup àécrire sur la façon dont Google Books est déjà beaucoup utilisé comme
outil dans de nombreux milieux documentaires ou universitaires, voire dans le grand public.
Mais quand je vois il y a un défaut, mentionnons-le. La numérisation automatique sur machine à numériser a ses inconvénients. Comme me le
faisait remarquer un des auteurs BibNum suite à son article commentant la thèse de Foucault (1853) sur
les vitesses de la lumière dans l'air et dans l'eau, la numérisation Google Books de ce document possède une grave défaut : la planche de figures n'est pas dépliée, ce qui fait qu'on ne voit pas
toutes les figures et qu'on ne peut absolument pas comprendre le document. Nous avions fait notre propre
numérisation pour ce document (lien vers planche Google, image
ci-dessous).
Par Alexandre Moatti
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Dimanche 21 juin 2009
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Un message d'humeur que je ne peux mettre sur le blog de l'honorable société
savante que je préside, la SABIX (Société des Amis de la Bibliothèque et de l'histoire de l'École polytechnique) - et qui d'ailleurs a plus trait au sujet du présent blog.
Cette société savante publie depuis sa création en 1986 un bulletin bisannuel offert aux membres et vendu 15€ à
l'extérieur. Or, nous avons eu il y a quelques mois la surprise de voir nos articles distribués par l'INIST (Institut national pour l'information scientifique et technique), sorte d'entité
interne au CNRS assez autonome et aux missions pas toujours bien définies par la tutelle (voir rapport Salençon-Moatti mai 2008 sur
l'IST).
Voici comment cette distribution se passe. L'INIST demande à l'éditeur de la revue un abonnement gratuit. Puis il décortique chaque numéro et met chacun des articles en vente, avec une
description sommaire (exemple pour un article de 1999 consacré au polytechnicien Paulin Talabot) (voir aussi la liste de tous les
articles SABIX disponibles sur INIST, moteur Google interne au site INIST). Voici ce que cela donne (on remarquera à gauche les annonces Google "ciblées", sur un site public dépendant du CNRS)
:
Ensuite, l'article est vendu par l'INIST à l'internaute au prix de 15 euros suivant barême ci-dessous (10,60€ pour l'article, 1,60€ pour "droit de copie", plus la TVA) :
Donc l'INIST vend au prix de 14,6€ un article (au même prix où sur notre site on peut se procurer le magazine
entier) - et bien évidemment l'éditeur ne touche rien de cette somme.
Certes cela concourt (?) à la diffusion du texte, mais c'est, je trouve, une façon particulière de voir le droit d'auteur ou d'éditeur de la part d'un organisme, qu'il soit public ou non. Je
serais heureux de vos réactions en commentaires ci-dessous, notamment si en tant qu'éditeur de revue vous avez déjà été confronté à cette situation.
A signaler que le site chapitre.com reprenait les mêmes notices de l'INIST au même prix (suite à un accord passé entre INIST et chapitre.com), mais ceci semble avoir disparu, en tout cas
pour la revue évoquée ici.
Ajoût du 27 juin :
Je suis allé sur la page de recherche "droits de copie" du site CFC (Centre français de la Copie) et n'ai pas trouvé ma revue,
ni par son titre ni pas son n° ISSN (09893059), malgré ses 22 ans d'existence et le fait qu'elle est donc copiée (puisque distribuée par l'INIST). Ce process peut donc se mettre en place sans que
l'éditeur soit informé, même longtemps après.
Par Alexandre Moatti
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Mercredi 18 mars 2009
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16:25
Je souhaite partager avec mes lecteurs certains éléments économiques de mon statut d’auteur (deux livres éditions
Odile Jacob, avril 2006 et octobre 2007), notamment en regard de la « rémunération pour copie privée numérique du livre » (application de la
loi du 17 juin 2001).
Car, pour la première fois, je viens de recevoir un chèque de 37,82€ sur le sujet, couvrant la période du 1er septembre 2003 au 31 décembre 2007 (soit vingt mois en ce qui me
concerne ; ce qui fait une somme annuelle pour moi de 22,7€ !). Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de dire que je devrais toucher plus, mais bien au contraire que cette
« taxe » me semble avoir un intérêt limité, servant surtout à faire vivre un circuit administratif.
La taxe est prélevée à l’achat de tous CD, clefs USB,…quand vous achetez un tel appareil « numérique », vous payez cette taxe. Le lien entre le
livre et la clef USB ou le CD-R est ténu. Il existe peu de livres dans la production littéraire courante qui ont l’honneur d’être en partie scannés par des particuliers et mis sur leurs clefs
USB. Après renseignements pris à la SOFIA, il pourrait s’agir d’extraits de manuels scolaires distribués numériquement en classe, ou de recettes de cuisine extraites de guides pratiques partagées
dans des associations. Toujours selon la SOFIA, la taxe avait été votée en 2001 pour les auteurs de musique et de cinéma (piratage), et par souci d’équité étendue aux écrivains. Toujours-est –il
que le bien-fondé de cette taxe pour les auteurs de l’écrit ne me paraît pas évidente, et je trouve le circuit lourd pour pas grand’chose.
Le total sur la période 2003-2007 (voir tableau Sofia, PDF mis en ligne
par moi) est de 577 000 euros, déduction faite d’un prélèvement de 25% affectés « à la création et aux actions de formation », et de 12% de frais de gestion de la Sofia. Si l’on
reconstitue le montant, c’est donc une taxe de 875 000 euros payée par le consommateur de CD et clefs USB (dont 78 000 euros vont à la Sofia et 123 000 euros à la
création).
La répartition aux auteurs se fait comme suit :
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1) une part fixe liée à la rubrique dans laquelle vous êtes catalogué comme auteur (ex.
je suis catalogué comme « histoire de l’art-généalogie » suite à une erreur d’inscription au « fichier national du livre ») : je touche une part fixe de 32,89
euros.
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2) une part variable par ouvrage : pour ma part un livre dans la catégorie ci-dessus + un livre dans la
catégorie sciences, soit 5,20 + 2,94. Total fixe + variable 41,03 euros moins les charges sociales, résultat 37,82 euros.
On notera que la répartition entre auteurs se fait uniquement suivant rubriques Médiamétrie (on considère que
9,3% des livres achetés en général sont des livres Sciences-techniques-médecine) et au nombre de livres écrits. Aucune rémunération n’est liée à la
diffusion effective du livre.
Actualisation du billet à
novembre 2009
Reçu ces jours-ci le même tableau pour 2008. Le montant total se monte à 480 311 euros pour un an (il augmente donc sensiblement par rapport au montant de 577 000 euros qui couvrait
2003-2007).
Par Alexandre Moatti
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Publié dans : Droits d'auteur
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