Avant-propos
# Bibliothèque numérique européenne (BNUE), et bibliothèques numériques en général.
# Edition et revues scientifiques.
# Culture scientifique.
On avait dit ici (Actualitté) ou là (Affordance) que c’était fini, que grâce aux réseaux sociaux les équipes de la BnF avaient réagi, et qu’on ne reprendrait pas la main de l’auguste BnF dans la culotte du zouave.
Voire. Ou voir, comme un voyeur. Je recommande chaudement – si je puis dire – l’éditeur La Musardine (site de cet éditeur), remonté par Numilog sur Gallica (bibliothèque numérique de la BnF), environ 322 ouvrages (nombreux doublons semble-t-il) :
ICI la page de cet éditeur sur Gallica
(revenez lire la suite de l'article SVP!)
Vous pourrez feuilleter avec délices Amour & Popotin, La Foire aux cochons (auteur Esparbec, 30 des 300 livres) ; In/soumises ; Le Parfum de la chatte en noir, ou Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle : auteur E. Liebig, 15 ouvrages assez chauds – mais il nous est précisé (sur la page Gallica) que « l’auteur a par ailleurs publié deux ouvrages très sérieux chez Michalon » et « qu’il collabore à Siné Hebdo et à l’émission Les Grandes Gueules sur RMC »; l'auteur ainsi légitimé, il n'y a plus de quoi fouetter un(e) chat(te) ou mettre en émoi la Fraternité de Saint Pie X.
Après une heure de travaux pratiques (pour moi – et pour vous ?), un peu de théorie.
La technique d’abord : c’est magnifique le XML (non ce n’est pas une abréviation cochonne) – Gallica et la BnF endossent ainsi des œuvres et aussi… des métadonnées (notices sur les ouvrages ou leurs auteurs, cf. le pâle échantillon ci-dessus).
La stratégie de bibliothèque numérique ensuite. Quand on vous disait que le mélange des genres privé-public sur un site Gallica qui devrait rester une bibliothèque numérique patrimoniale n’était pas souhaitable, on ne croyait pas trouver un tel exemple de cocktail détonnant ! N’oublions pas que le mélange des genres privé-public ce n’est pas seulement voir des livres d’éditeurs privés (Gallimard, Fayard, Grasset, etc. dont Musardine) sur un site public (Gallica de la BnF), mais c’est aussi le fait que ces numérisations ou mises en ligne sont financés par le contribuable, comme le rappelle le logo bleu « en association avec le Centre national du Livre » à gauche de chaque notice (plus précisément par la taxe parafiscale sur l’achat d’imprimantes-scanners qui abonde le CNL, lui-même soutenant financièrement les éditeurs pour cette opération Gallica).
Somme toute, on revient là à l’Internet des débuts (ou l’Internet de toujours), les sites de sexe. Remplacer sites par livres et voici un bel usage du livre numérique en perspective (passée et future) ! De quoi voir l'avenir du livre numérique en rose !
Je viens de prendre connaissance de la Bibliothèque numérique de l'Institut de France (Académie française, etc.) (lien).Curieux mélange, qui tient sur une page, entre des auteurs très connus (Balzac, Descartes, Galois) et d'illustres inconnus, pour moi en tout cas.
Je ne souhaite pas critiquer plus que nécessaire cette numérisation (d'autant que j'ai déjà critiqué certaines stratégies numériques de
l'Institut, là). Elle correspond à un effort méritoire : comme l'indique l'Institut, "Les documents présentés ci-dessous constituent les premiers éléments d’une bibliothèque virtuelle qui montrera aux chercheurs comme au grand public quelques
uns [sic] des trésors conservés à la Bibliothèque de l’Institut".
Acceptons-en l'augure, mais faisons néanmoins quelques remarques.
Ce n'est pas une bibliothèque numérique avec visualisation des documents en ligne, mais une page de téléchargement de fichiers PDF. Les fichiers sont lourds (30 Mo, premier fichier Balzac). Pour la plupart, ce sont des microfilms (d'avant l'époque du numérique) qui ont été numérisés (ex. Galois : microfilm de 1998 de la Société d'ingénierie et de microfilmage).
Ce mode de numérisation n'est pas du tout conçu pour une lecture sur Internet ou sur écran. Pour Balzac, je ne connais pas la taille des feuillets originaux : à la numérisation on a deux feuillets d'écriture par A4-PDF, on doit augmenter la taille à 175% pour lire, mais la lecture est difficile - non pas à cause de l'écriture manuscrite mais parce qu'on est en limite de résolution : échelle normale (100%) impossible à lire car caractères trop petits ; plus grande échelle (300%) impossible à lire car perte de résolution. Pour Galois, là non plus je ne connais pas la taille des feuillets originaux : mais la taille sur A4-PDF est plus petite encore, ce qui rend ces feuillets illisibles.
À titre de comparaison, on pourra voir des manuscrits avec visualisation en ligne grâce au logiciel ICEBERG du CNRS/CN2SV (auteur du logiciel Stéphane Pouyllau, par ailleurs auteur de blog, et concepteur du moteur de recherche ISIDORE). Ce sont là de véritables bibliothèques numériques de manuscrits :
- site des manuscrits de Gay-Lussac et Monge, SABIX (Société des amis de la bibliothèque et de l'histoire de l'Ecole polytechnique, que je préside) (numérisation et mise en ligne grâce au Plan National de Numérisation 2007 du ministère de la Culture).
- site consacré à Ampère (CNRS/ Centre Alexandre Koyré), et notamment ses manuscrits (numérisation et mise en ligne grâce au programme CORPUS - ANR).
Ce sont là de réelles bibliothèques numériques.
Encourageons donc l'Institut à une meilleure réflexion sur cette dernière notion. Le "Grand Emprunt" (volet numérisation), auquel l'Institut est candidat, l'y encouragera-t-il ? Il est à craindre que la manne de ce "Grand Emprunt" ne conduise plutôt à coûteux appels à sociétés de conseil et d'ingénierie, et autres web agencies, avec système propriétaires et maintenance associée. Alors que, justement, des logiciels comme ICEBERG développé pour la visualisation des manuscrits par le CNRS sont non seulement libres mais surtout gratuits (ou fort peu coûteux). Malgré le Grand Emprunt, qui n'encourage pas du tout aux stratégies de moindre coût, essayons de promouvoir ce type de stratégie.
Il est enfin un dernier point à souligner concernant les documents numériques de l'Institut, c'est leur coût de réutilisation (voir la page des tarifs). Réutiliser par exemple sur Internet une page de manuscrit coûte par exemple 120€ de droits (réduits de moitié pour une publication scientifique). Dans ce contexte je pose les questions suivantes à mes lecteurs :
- l'Institut, créé sous l'Ancien Régime (Richelieu puis Colbert), n'appartient pas au droit public : mais son patrimoine n'est-il pas néanmoins public ?
- ce qui serait inacceptable pour des imprimés (faire payer ses numérisations, ce que BnF/ Gallica a finalement renoncé à faire), le serait-il pour des manuscrits, documents uniques, à la conservation délicate ?
J'ai, pour ma part, tendance à répondre OUI aux deux questions - je suis favorable à une diffusion gratuite de ces
oeuvres-là, aussi. Mais le débat est ouvert (commentaires).
Je ne veux pas m’acharner contre cette malheureuse WebTV payante de l'Institut, nommée Canal Académie : j’ai déjà eu l’occasion d'écrire ce que j’en pensais, ce qui avait suscité un commentaire de la part de sa directrice générale (voir ma réponse détaillée en commentaire).
Du coup, j’ouvre rarement leur newsletter, n’en ayant guère le temps. Mais ce matin, oui, et je tombe sur cette PERLE : Chantal Delsol : "L’illetrisme et l’échec scolaire devraient nous interroger."
Faire une faute d’orthographe quand on parle d’illettrisme, il faut le faire. En plus à l’Académie française : çà ne disjoncte pas (argument diagonal), çà trisjoncte !

NB : si Canal Académie rectifie la faute, ce qui sera sans doute le cas, qu’ils pensent aussi à rectifier l’URL !
NB2 : on appréciera à nouveau les publicités sur cette page CanalAcadémie,
comme souligné dans mon précédent billet.
J'ai fait le 15 septembre dernier à Neuchâtel (Suisse), à l'invitation de la 88° assemblée générale des archivistes suisses, une présentation intitulée : "Diffusion du patrimoine et de la culture scientifiques sur Internet : bilan prospectif de diverses expériences" (présentation à télécharger sur leur site, PDF 3Mo)
J’essaie d’y faire une lecture et une description de divers projets auxquels j’ai contribué ou contribue encore, ou que je mène moi-même :
1. Bibliothèque numérique européenne (Europeana ou BNuE) – comparaison avec Google (cf. mon article dans La Jaune & la Rouge, février 2010)
2. Un exemple concret : BibNum histoire des sciences (cf. mon article Bulletin des Bibliothèques de France, mai 2010)
3. Usages d’Internet : IST (information scientifique et technique - recherche) (cf. rapport Salençon-Moatti au MESR mai 2008)
4. Usages d’Internet : CST (culture scientifique)
5. Wikipedia & al.
Je serai heureux de vos commentaires à propos de cette présentation.
Depuis le 4 octobre, et au moins jusqu'au 6 octobre (date d'examen d'une loi sur l'Internet au Parlement italien), Wikipedia en italien est inaccessible (voir communiqué du 6 octobre qui prévient contre certaines dérives du projet de loi). Pour vous en convaincre, allez sur n'importe quelle page Wikipedia en français, et cliquez dans la colonne de gauche le lien Italiano pour voir la page correspondante en italien, vous tomberez toujours sur la page suivante :
Alors, imaginons un peu : c'est comment la vie sans Wikipedia ?