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Edition scientifique

Samedi 12 janvier 2013 6 12 /01 /Jan /2013 18:09

Travaillant sur des textes scientifiques du XIXe je suis toujours étonné de certaines graphies aujourd'hui inusitées, voire fautives. Certaines me plaisent, je me propose de les recenser ici – si vous en trouvez d'autres, même dans le domaine non scientifique (peu importe), mettez-les en commentaires :

 

deux forces égales entr'elles

(aujourd'hui, cette élision est rare, à ma connaissance incorrecte - je la trouve élégante) (jusque dans les années 1930 semble-t-il, on écrivait entr'acte, entr'ouvrir, s'entr'aider)

 

Poinsot.GIF

Extrait de Louis Poinsot, Eléments de statique (1803)

 

presqu'au degré nécessaire // lorsqu'ensuite la cornue

(chez Lavoisier ; ces élisions elle aussi sont à ma connaissance aujourd'hui incorrectes)

 

très-longtemps, très-long

(l'usage du tiret après très et avant l'adverbe ou l'adjectif est systématique au XIXe, en tout cas dans les textes que j'ai vus)

 

parallélipipède

(chez Fresnel ; au lieu de parallélépipède - encore admis, encore vu dans certains textes actuels, mais très rarement)

 

&c.

(systématique, au lieu de etc. - j'aime beaucoup l'esperluette ainsi utilisée)

 

axiôme

(au lieu d'axiome)

 

momens, instans, élémens ...

(au lieu de moments,...) (le t toujours absent) (au singulier on écrit moment, au pluriel momens)

 

sine quâ non, vice versâ

(avec accent circonflexe sur le a)

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Edition scientifique - Communauté : Edition numérique
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 11:17

La blogosphère bruisse à juste titre du projet de loi Research Works Act qui remet en cause une avancée du Consolidated Appropriation Act (2008) en faveur du libre accès aux résultats de recherche. Voici comment les NIH (National Institutes of Health) faisaient connaître leur politique en application de cette loi de 2008 (ici) et donnaient extrait de l’Act :

 

“The Director of the National Institutes of Health shall require that all investigators funded by the NIH submit or have submitted for them to the National Library of Medicine’s PubMed Central an electronic version of their final, peer-reviewed manuscripts upon acceptance for publication, to be made publicly available no later than 12 months after the official date of publication: Provided, That the NIH shall implement the public access policy in a manner consistent with copyright law.”

 US-GreatSeal-Obverse.svg

Dans notre rapport « édition scientifique » au ministère (mai 2008, commission présidée par Jean Salençon, Académie des sciences), nous avions vanté la politique des États-Unis en ce qui concerne l’Open Access, qui nous semblait (à l’époque) plus volontariste que la politique européenne (extrait) :


[…] les États-Unis sont à la source d’un certain nombre d’innovations dans le champ qui nous intéresse, celui de la publication scientifique suite à la révolution de l’Internet. […] Ainsi le NIH (National Health Institute) a adopté la politique de libre accès suivante :

        A partir d’avril 2008, tous les articles publiés dans des revues, et faisant suite à des travaux financés par NIH, doivent être versés dans l’archive ouverte en ligne propre au NIH, PubMed Central. Les contrats avec les éditeurs doivent explicitement le permettre. Il existe même une liste d’éditeurs (parmi lesquels on retrouve les éditeurs BioMed Central et PLoS) pour lequel ce versement est automatique, le chercheur n’ayant aucune démarche à accomplir. La loi (Consolidated Appropriations Act, 2008) précise que ce versement doit avoir été effectué au plus tard 12 mois après la publication effective dans une revue.

        A partir de mai 2008, toutes les soumissions de projets de recherche au NIH doivent mentionner, dans les articles cités en référence, l’URL de l’article sur le site PubMed.

Cette politique du NIH a été prise en application de « l’amendement SPARC », du nom de Scholarly Publishing & Academic Resources Coalition, organisme associatif universitaire fondé en 1998 (Sparc émane de l’ARL association des librairies de recherche) ; cet amendement avait été voté au Sénat américain en mai 2006 […]

 

L’Act de 2008 avait été très mal reçu par les puissants lobbys américains de l’édition (AAP Association of American Publishers notamment), au moins aussi importants que les lobbys européens de l’édition. Ils ont fait présenter par deux représentants (l’une démocrate, l’autre républicain) un amendement ainsi rédigé, que David Dobbs qualifie d’odieux dans Wired , qui tient lui aussi en quelques lignes :

“No Federal agency may adopt, implement, maintain, continue, or otherwise engage in any policy, program, or other activity that:

(1) causes, permits, or authorizes network dissemination of any private-sector research work without the prior consent of the publisher of such work; or

(2) requires that any actual or prospective author, or the employer of such an actual or prospective author, assent to network dissemination of a private-sector research work.”

 

J’ai du mal à comprendre la politique américaine : le Consolidated Appropriation Act avait été voté fin 2007 sous la présidence Bush, et le projet de Research Work Act est proposé sous administration Obama, par une représentante démocrate C. Maloney (Dobbs dans Wired sous-entend que sa campagne a été financée notamment par les représentants de l’édition…). Affaire à suivre.

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Edition scientifique - Communauté : Edition numérique
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Lundi 13 juin 2011 1 13 /06 /Juin /2011 11:48

Dans la droite ligne de ce que j'avais écrit il y a deux ans (billet "Droits d'auteur vus par l'INIST"), s'est déroulé un procès dont je ne connaissais pas l'existence, un auteur (juriste, çà aide !) a attaqué INIST (CNRS) et Chapitre.com.


Je m'étais insurgé en 2009 contre le fait que les articles de la revue Bulletin de la SABIX que je dirige se retrouvaient en vente 19 euros par article (alors que nous vendons le numéro entier et sa dizaine d'articles à 20 euros), et surtout sans autorisation aucune de l'auteur de l'article, ou de l'éditeur (nous-mêmes) auquel il avait confié ses droits pour son article.

 

On se retrouvait dans une situation où, sous prétexte de "valorisation des résultats de la recherche" (mission de l'INIST), un article se retrouvait en vente 1) sur un site privé (Chapitre.com), 2) sans que auteur ni éditeur ne soient informés, 3) à un prix incroyable (d'un autre côté, plutôt moins cher que les articles à l'unité sur Springer ou Elsevier, 35 dollars - mais les articles leur appartiennent, hélas), et 4) sans que éditeur et auteur récupèrent quoi que ce soit - des cacahuètes au titre du droit de copie, qui d'ailleurs est forfaitaire, déjà assez compliqué à récupérer pour un auteur isolé, mais pour une revue administrativement quasi infaisable.

 

Et ceci sur la seule base juridique suivante : subrogation du CFC à l'INIST du fameux "droit de copie" - qui en aucun cas n'est un droit de diffusion publique ni de vente, et, semble-t-il, l'écriture d'une notice descriptive de l'article par l'INIST (pas toujours présente)

 

La Cour d'appel (27 mai 2011) a confirmé le jugement de première instance (9 juillet 2010) - sans doute INIST et CFC avaient cru bon de faire appel - c'était d'ailleurs vital pour eux.

 

Un exemple stupéfiant de ce qui avait pu germer dans la tête d'un organisme public (INIST-CNRS), à la recherche de "ressources propres", d'un organisme parapublic dépendant du ministère de la Culture (le CFC, j'ai déjà eu l'occasion de dire ce que je pensais de ces organismes qui s'auto-alimentent), et d'un malheureux partenaire privé (la librairie en ligne Chapitre.com).

 

Voir ci-dessous l'article du site LEGALIS, et les intéressants liens vers les deux arrêts.

 


 

(extrait site legalis.net)

 

La cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC) et l’Inist Diffusion, filiale du CNRS, prononcée par le TGI de Paris, pour la vente de copie d’articles juridiques sur Inist.fr et Chapitre.com sans l’autorisation de son auteur. Dans son arrêt du 27 mai 2011, la cour rappelle que la cession légale du droit de reproduction par reprographie au profit du CFC ne vaut que pour une utilisation non commerciale. Pour le reste, le consentement de l’auteur demeure indispensable. A cet égard, les deux sociétés ne peuvent pas se prévaloir d’une cession tacite ou implicite des droits d’auteur à l’éditeur de la revue dans laquelle les articles en cause ont été publiés, dès lors que l’auteur s’était borné à autoriser cette publication (...) Dans cette affaire, le CFC avait conclu avec Inist Diffusion un contrat par lequel le CFC cédait à la filiale du CNRS les droits de reproduction par reprographie des publications qu’elle avait acquis. L’Inist avait, à son tour, conclu une convention de partenariat de diffusion/distribution avec Chapitre.com.

 


 

Et, me fait remarquer mon collègue Rémi Mathis conservateur à la BnF, à propos d'un article dont il est l'auteur et diffusé vaillamment par INIST, le prix pouvait monter plus haut, à 50 euros pour une livraison express de l'article (ici).

 

Il semblerait, par surcroît, que la facturation porte sur l'article (par exemple 11 euros), et que le droit de copie est payé à part, pour 1,80 euros : donc l'auteur ne se verrait éventuelement rémunéré par le CFC au titre du droit de copie que sur cette minime quote-part calculée séparément...

 

Sur ce jugement, à signaler que pour le plaignant David F. (anonymisation partielle puisque vous pouvez voir le nom  David Forest dans le jugement), c'est une bonne affaire, environ 22 000 euros si j'ai bien calculé (plus la transaction qu'il a signée avec la partie privée Chapitre.com, qui du coup n'apparaît pas dans le jugement).

 

Une question posée à la communauté de l'IST : que vont faire les différents auteurs et éditeurs puisque cette diffusion continue en toute impunité ? Voir SABIX sur portail INIST : tous les articles (150 environ) + moi-même  comme auteur)

 

Je serais heureux de vos avis en commentaires.

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Edition scientifique - Communauté : Edition numérique
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Vendredi 20 mai 2011 5 20 /05 /Mai /2011 11:41

Le titre est un peu caricatural, il y avait bien évidemment des revues à majorité d’articles en allemand ou en anglais (voir par exemple Journal de Crelle, fondé en 1826, en Allemagne).

 

Là où cela devient plus intéressant, c’est dans certains pays comme la Norvège ou la Suède – qui créant des revues devaient choisir une langue de publication. Il me semble que la revue Acta Mathematica (fondée en Suède en 1882) avait au départ des articles majoritairement en français, qui était encore vue à la fin du XIXe siècle comme la langue des sciences (celle qu’on choisissait pour que tous comprennent). Voici un indice, l’ouvrage édité par quatre maisons d’édition (Kristiania en Norvège, Paris, Londres, Leipzig) en hommage au norvégien Niels Abel pour le centenaire de sa naissance (1902) :

Abel-livre.jpg

 

Un autre indice sur lequel je suis tombé cette même semaine est la langue des congrès Solvay de physique ou de chimie, qui se tiennent à Bruxelles. Le français semble en être la langue officielle jusqu’en 1961-1962 (voir WP engl.) ; en revanche en 1964, c’est l’anglais qui semble en être la langue officielle. J’ai été étonné que ce fût si tard.

 

Je suis preneur en commentaires d’éléments sur le sujet : publications (toutes époques) montrant que le français est reconnu comme langue internationale en science, bibliographie sur le sujet le cas échéant,…

 

(article publié aussi sur mon blog Maths-et-Physique, et sur le blog Autour de BibNum)

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Edition scientifique - Communauté : Edition numérique
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 16:12

Le titre de ce billet est imprécis à dessein. Il vise à ouvrir la discussion (sur mon blog Indispensables mathématiques, sur mon blog Bibliothèques numériques et édition scientifique, sur le blog Autour de BibNum – ces divers publics sont concernés) sur deux sujets auxquels je suis confronté dans plusieurs de mes travaux d’édition électronique, dans BibNum notamment.

 

Le premier sujet est la façon dont on peut faire figurer les formules de mathématiques dans une page HTML, si possible dans la même graphie que la page HTML. Par exemple, voir l’onglet analyse de ce dossier BibNum, il n’est pas facile d’harmoniser les formules avec le reste du texte. Certes, existe MathML – mais j’aimerais voir concrètement ce que sont des pages avec du MathML.

 

Le deuxième sujet (qui m’est plus proche) concerne les formats d’édition avec des formules mathématiques. Les mathématiciens professionnels utilisent LaTex (les physiciens très rarement). Or, dans BibNum, nous avons une mise en forme (vers Verdana + logos en bas de page + divers formats d’intertitres) et des corrections (de forme, ou de fond à proposer à l’auteur) – bref le travail que tout éditeur est en droit et en devoir de faire. C’est pourquoi j’ai longtemps cherché des convertisseurs PDF vers Word – puisque le LaTeX a pour format d’affichage le PDF. Je n’ai trouvé aucun convertisseur qui traite correctement les formules mathématiques (vers MS Equation ou MathType sous Word) – tous ne font que d’horribles pâtés quand ils voient des formules de mathématiques. En revanche, si l’on prend les fichiers de compilation du LaTeX (avant l’affichage en PDF), ce sont des .tex et je viens de trouver un convertisseur TEX vers Word qui a l’air correct pour les formules mathématiques (GrindeQ).

 

Je serais heureux de vos commentaires sur ces deux sujets.

LaTeX.png

Une remarque complémentaire de l’éditeur électronique que je suis, sur le second sujet. Certains mathématiciens s’offusquent auprès de moi que "l’État" (le ministère qui a le site BibNum en tutelle – encore que les liens soient un peu lâches – on pourrait dire pareil d’un labo de recherche) utilise des formats Word, Microsoft, etc. au détriment des logiciels gratuits. D'abord, je m'identifie assez peu à "l’État" , et travaille avec des outils que je m'achète moi-même. Ensuite, comme me le fait remarquer judicieusement un auteur BibNum (un autre mathématicien), les formats DOC ne sont pas réservés à Microsoft – beaucoup de suites gratuites, telles OpenOffice, utilisent ce format – donc on a quand même le deuxième problème. Toujours suivant ce même auteur, et c'est aussi mon avis, ce qui est scandaleux, c’est que les suites MS Office soient proposées à prix très bas au monde de l’éducation nationale, l’État complétant lui-même la différence par un abondement ! D’un autre côté y a-t-il beaucoup d’entre nous qui se sont réellement mis à travailler avec OpenOffice, sans continuer par paresse à travailler avec MS Office qu’ils ont déjà sur leur ordinateur ?


Autre remarque sur LaTeX et les mathématiciens. C’est évidemment un logiciel magnifique. Mais existe-t-il des éditeurs (au sens humain donné plus haut à ce terme) qui entrent dans le LaTeX de leurs auteurs pour faire les changements de fond et de forme mentionnés plus haut ? S’il en existe, qu’ils se dénoncent ! Je pousse même plus loin mon hypothèse heuristique : certes LaTeX est un logiciel extraordinaire pour gérer les maths (d’où son succès), mais n’est-ce pas aussi un moyen pour son utilisateur d’éviter d’avoir à subir toutes corrections (ou du moins les gérer soi-même en tant qu’auteur) que d’envoyer le PDF produit sous LaTeX ? Manière de dire "Voici mon fichier, à prendre ou à laisser" ...Peut-être y a-t-il de cela, aussi, non ?

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Edition scientifique - Communauté : Edition numérique
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